Raymond DEVOS - Parler pour ne rien dire

Mesdames et messieurs … je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire. Oh! je sais !
Vous pensez: «S’il n’a rien à dire … il ferait mieux de se taire!»
Evidemment! Mais c´est trop facile! … C´est trop facile!
Vous voudriez que je fasse comme tout ceux qui n´ont rien à dire et qui le gardent pour eux?
Eh bien, non! Mesdames et messieurs, moi, lorsque je n´ai rien à dire, je veux qu´on le sache !
Je veux en faire profiter les autres !
Et si, vous-mêmes, mesdames et messieurs, vous n´avez rien à dire,
eh bien, on en parle, on en discute!
Je ne suis pas ennemi du colloque.
Mais, me direz-vous, si on en parle pour ne rien dire, de quoi allons-nous parler? Eh bien, de rien! De rien!
Car rien … ce n´est pas rien
La preuve, c´est qu´on peut le soustraire.
Exemple:
Rien moins rien = moins que rien !
Si l´on peut trouver moins que rien c´est que rien vaut déjà quelque chose !
On peut acheter quelque chose avec rien !
En le multipliant
Un fois rien … c´est rien
Deux fois rien … ce n´est pas beaucoup !
Mais trois fois rien! …
Pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose … et pour pas cher !
Maintenant, si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien:
Rien multiplié par rien = rien.
Trois multiplié par trois = neuf.
Cela fait rien de neuf!
Oui … Ce n´est pas la peine d´en parler !
Bon! Parlons d´autres choses !
Parlons de la situation, tenez !
Sans préciser laquelle !
Si vous le permettez, je vais faire brièvement l´historique de la situation, quelle qu´elle soit!
Il y a quelques mois, souvenez-vous la situation pour n´être pas pire que celle d´aujourd´hui n´en était pas meilleure non plus !
Déjà, nous allions vers la catastrophe et nous le savions …
Nous en étions conscients !
Car il ne faudrait pas croire que les responsables d´hier étaient plus ignorants de la situation que ne le sont ceux d´aujourd´hui ! D’ailleurs ce sont les mêmes !
Oui! La catastrophe, nous le pensions, était pour demain !
C´est-à-dire qu´en fait elle devait être pour aujourd´hui !
Si mes calculs sont justes !
Or, que voyons-nous aujourd´hui?
Qu´elle est toujours pour demain !
Alors, je vous pose la question, mesdames et messieurs:
Est-ce en remettant toujours au lendemain la castastrophe que nous pourrions faire le jour même que nos l´éviterons ?
D´ailleurs je, vous signale entre parenthèses que si le gouvernement actuel n´est pas capable d´assumer la catastrophe, il est possible que l´opposition s´en empare !


Script : Ariane CAIROLI,
Conseillère pédagogique de Saint-Joseph (Martinique)